La catégorie ‘Contes et légendes’

C'est en 1949 que Jacqueline Joubert, la toute première speakerine, apparait sur les écrans des télévisions françaises. La même année, les premiers journaux télévisés firent aussi leur apparition à l'heure du repas. C'était le journaliste Pierre Hande qui présentait alors la séance d'information quotidienne sur la chaîne unique. Certes il était un journaliste talentueux mais sa laideur était flagrante et contrastait fortement avec l'élégance de mademoiselle Joubert.

Au même rythme que la grille des programmes s'étoffait, les postes de télévision se répandaient dans l'ensemble des ménages français pour trôner dans la pièce principale. Transformant ainsi le cercle familial en demi-cercle, Jacqueline Joubert et Pierre Hande s'invitaient tous les soirs dans les foyers, accueillis un peu comme des membres supplémentaires de la famille.

Avant l'invention du téléviseur, la principale occupation vespérale des couples français était le coït fougueux. Mais une fois le poste installé dans le salon, le programme du soir de la première chaine remplaça bien vite cette activité ma foi fort éreintante. A tel point qu'en l'espace de quelques années seulement la fréquence moyenne des rapports sexuels du couple français n'était plus que de une fois par mois. Voilà un dialogue qui se déroula maintes et maintes fois dans l'ensemble des foyers français de l'époque, illustrant bien l'effet de la télévision sur le couple:

  • - Chérie, je te trouve aussi belle que Jacqueline Joubert, tu veux bien faire l'amour ce mois là ?
  • - Non, pas ce mois ci ! Tu ne me donnes pas envie, tu es aussi moche que Pierre Hande.

Mois après mois, cette conversation se déroulait inlassablement, incrustant un peu plus s'il n'en faut, les deux personnages dans le quotidien de la famille. L'hypothétique coït était ainsi systématiquement remplacé par une soirée télé de plus. Génération après génération, la même scène se rejouait dans les foyers, les jeunes couples répétant les schémas de leurs parents. Jusqu'à aujourd'hui encore, où, avant la fin du repas et sans même entendre la moindre proposition, certaines femmes affirment machinalement leur volonté de ne pas pratiquer de sexe pour regarder l'émission télévisée du soir en se justifiant comme à l'époque: "Pas ce mois là, t'es laid comme Hande."

C'est en 1936 que les congés payés entrent dans les textes de loi grâce au Front populaire, conférant aux travailleurs le droit de se détendre en famille. C'est donc cette date qui marqua le début du tourisme de masse et des vacances d'été telles qu'on les connait aujourd'hui.

Très vite, l'industrie du tourisme prit son essor: On vit les hôtels pousser le long des plages et les prix du logement grimper à tout allure. A cette même époque, Jean-Baptiste Constant, jeune sportif Mulhousiens de 22 ans, malin mais sans emploi, eu l'idée de génie d'offrir un dépaysement à moindre frais en proposant aux aoutiens de les guider durant de simples treks de quelques jours dans le massif des Vosges.

Il établit quelques itinéraires de randonnées sur les 3 sommets les plus proches, Le Grand Ballon, le Hohneck et le Reckt, puis commença a promouvoir son activité. Ses offres financièrement intéressantes conquirent vite les vacanciers de la région. L'offre la moins chère, quatre jours et trois nuits sur les crêtes du Reckt, remporta un vif succès et à peine quelques années plus tard, c'est des 4 coins de la France qu'on venait pour participer à ce trek bon marché.

De nos jours, la randonnée s'est démocratisée et les chemins sont balisés. Jean-Baptiste Constant a cessé son activité mais cet itinéraire resta la référence des excursions de qualité à bon marché. Aujourd'hui encore, on y fait référence pudiquement pour parler de nos dernières vacances pas chères: - C'était très bien et les prix étaient "trek au Reckt".

Anne voulait parler au soleil mais les nuages vinrent le cacher.
Elle courut alors sur la colline pour les attraper, mais le vent souffla et les fit fuir.
Elle essaya alors de s'envoler avec le vent mais elle roula derrière la colline et se fit tuer par des trafiquants d'organes qui lui volèrent ses reins.

Par un beau jour d'automne 1820, le duc de Mirnouf, passionné par la chasse mais frustré par le maigre gibier qu'il ramenait de ses pérégrinations forestières, imagina qu'il devait être possible de fabriquer un outil apte à lui faciliter la tâche et rendre plus plaisante sa traque des animaux. Il convoqua tous les artisans de la contrée pour mettre au concours la concrétisation de cette idée et leur laissa deux mois pour fabriquer le plus inventif et le plus efficace des appareils. A peine une semaine plus tard, un marchand du nom de Martin Écouille, se présenta au château clamant à qui veut l'entendre qu'il possédait ce dont le duc rêvait. Il obtient sans peine une audience au près du noble et s'empressa de lui faire la démonstration de sa merveille. Devant une assemblée dubitative mais curieuse, il sortit de sa poche un minuscule sifflet et le porta à la bouche pour produire un son strident qui aussitôt imposa le silence parmi les personnes présentes. A peine quelques secondes plus tard, des dizaines d'oiseaux de toute sorte s'étaient approchés et virevoltaient autour de lui, comme attirés et charmés par cette étrange mélodie. Le duc imagina sans peine le profit qu'il pouvait tirer d'un tel accessoire lors des ses futures chasses. Il s'éclairci la gorge et ne prononça qu'une seule phrase: - Combien cela va-t-il me coûter?

Martin Écouille, sûr de lui, répondit qu'il accepterait de se séparer de son objet en échange de la moitié de la fortune de son interlocuteur. Cette requête fit sourire l'assemblée mais le duc garda tout son sérieux et accepta la transaction. La nouvelle fit grand bruit et se répandit vite bien au delà des limites du duché: Un marchand avait vendu un sifflet pour une somme astronomique au Duc qui en paya le coût sans broncher.

On ne sait plus aujourd'hui ce que le marchand est devenu par la suite et l'objet n'a pas hélas pas survécu aux années mais cette anecdote a subsisté dans la langue française pour qualifier les objets hors de prix: "coûter l'appeau d'Écouille".

Dans le petit village de Ell dans la Drôme se déroulait chaque année un bien étrange coucours. Les participants avaient pour simple but de hurler un "hii" strident et puissant durant une dizaine de secondes, le temps nécessaire à un conseil de vieux sages pour évaluer et noter le cri. Après toute une nuit de coucours, un vainqueur était désigné au petit matin pour arborer le titre jusqu'à l'année suivante. Quasi tous les habitants du village participaient à la manifestation ainsi que tous ceux du hameau de Vess qui se trouvait non loin de là. D'ailleurs, bien que ce concours soit individuel, il créait une véritable rivalité entre les deux bourgades qui se disputaient la fierté de posséder le vainqueur en son sein.

La nuit étaient déjà bien avancée et, comme ces deux dernières années, c'était le père Michaud qui menait le coucours par sa façon si particulière de crier. Il ne restait plus qu'un concurrent. C'était un nouveau au village, il n'avait jamais participé au concours et l'on ne savait que peu de choses de lui. C'était un américain répondant au nom de Jhonny Proper. Par sa carrure imposante il inspirait la crainte et personne ne s'était encore aventuré à sympathiser avec lui. Lorsqu'il fut appelé, il s'avança au centre du cercle formé par la foule et respira profondément. Il ouvrit lentement la bouche et poussa un cri d'une telle puissance et tellement aigu que la foule resta muette, longtemps après que le cri cessa. Comme subjugée, les yeux rivés sur le reflet de la lune sur son crâne glabre, jamais elle n'avait entendu de pareil son.

Il ne fallu pas longtemps au conseil des vieux sages pour désigner l'américain comme vainqueur incontesté du coucours. Il était devenu: Mister Proper, Le pro du "Hii" de Vess-Ell.